La nouvelle programmation est marquée par trois soirées spéciales en partenariat avec de nombreuses associations autour de films très forts.
Tout d’abord, le lundi 23 mars avec La maison des femmes de Mélisa Godet, en partenariat avec les Centres Sociaux, le Service solidarité, cohésion sociale de la Ville de Tarare, l’association Solidarité Femmes Beaujolais.
La Maison des femmes existe bel et bien. Il s’agit, en l’occurrence, d’un lieu d’accueil, d’écoute, d’informations et de soins dédié aux femmes victimes de violences. Un film nécessaire, lumineux dans le grave, porté par un casting impeccable.
Puis le vendredi 27 mars en partenariat avec Amnesty International dans le cadre du Festival Résister pour les Droits humains, Soudan, souviens-toi de Hind Meddeb. Le film retrace les espoirs déçus de la jeunesse soudanaise, qui, par son activisme, a contribué à renverser l’ancien régime mais voit aujourd’hui ses aspirations s’éloigner avec le retour des militaires au pouvoir. Hind Meddeb signe un manifeste universel sur la persévérance, l’espoir et la force collective face à l’oppression.
Enfin dans le cadre du Festival ERAP, Palestine en Vue, le dimanche 29 mars, Palestine 36. Cette fresque historique, est signée par une cinéaste palestinienne née à Bethléem en 1974 : Annemarie Jacir. Palestine 36 éclaire de façon pertinente une partie des racines de la situation géopolitique au Moyen-Orient, devenue inextricable.
D’autres très beaux films à découvrir dans ce début de printemps.
The Mastermind, Il faut aller voir ce film de Kelly Reichardt si on aime le cinéma américain, et si on veut voir un autre regard sur l’Amérique d’aujourd’hui.
Baise-en-Ville de Martin Jauvat est une petite pépite qui s’inscrit parfaitement dans la lignée des nouvelles comédies françaises.
Le long-métrage de Valérie Donzelli, À pied d’œuvre, a été récompensé par le prix du meilleur scénario à la dernière Mostra de Venise. Il est lui-même une adaptation du livre, éponyme et autobiographique, de Franck Courtès.
Dans Rue Malaga de Maryam Touzani, Carmen Maura illumine ce film chaleureux, doux et exotique qui nous touche en plein cœur dès ses premières images. Carmen Maura y resplendit et la vieillesse n’avait pas été montrée sous un si beau jour depuis des lustres.
Du Brésil, de la Chine en passant par l’Irak et l’Angleterre, les films de cette nouvelle programmation nous font découvrir de nouveaux univers souvent à travers les yeux des enfants témoins des épreuves de la vie mais aussi des beaux moments d’humanité.
Depuis ses débuts, la réalisatrice Chloé Zhao n’a eu de cesse d’explorer des univers très différents avec un point de vue humaniste qui ne s’est jamais émoussé. Que ce soit le monde des cowboys dans Les Chansons que mes frères m’ont apprises et The Rider, l’Amérique des déclassés avec le magnifique Nomadland, et même l’univers Marvel avec l’excellent Les Eternels. Avec Hamnet, Chloé Zhao signe une ode magnifique à la vie et à la nature avec cette adaptation du roman de Maggie O’Farrell, porté par les merveilleux Jessie Buckley et Paul Mesca.
Récompensé d’une Caméra d’or amplement méritée lors du dernier Festival de Cannes, Le gâteau du président de Hasan Hadi s’impose comme l’une des découvertes les plus singulières du cinéma irakien contemporain. Avec ce film, Hasan Hadi affirme une voix rare, capable de faire surgir la beauté au milieu des ruines. Une œuvre fragile mais puissante, où le cinéma devient acte de mémoire et d’insoumission.
Le Temps des moissons, réalisé par Huo Meng dresse un tableau implacable d’un monde rural abandonné, broyé à la fois par la tradition, la misère et l’appareil étatique, et le fait avec un remarquable sens du détail. Avec ce très beau film, Huo Meng a décroché l’Ours d’argent de la meilleure réalisation lors de la 75e édition de la Berlinale. Cette récompense n’a guère été appréciée par les autorités chinoises, qui regrettent que l’Occident « acclame systématiquement des films qui dénigrent les réformes de la société chinoise« . Aucune date de sortie n’est prévue en Chine.
Le brésilien Gabriel Mascaro signe avec Les voyages de Tereza un road movie féminin atypique à la frontière de plusieurs genres, en lointaine filiation brésilienne effervescente de Thelma et Louise (1991) de Ridley Scott, le drame en moins. Le cinéaste à l’imagination fertile ne cesse de nourrir la portée subtilement fantastique du récit en faisant intervenir le monde naturel dont les vertus permettront à l’héroïne de trouver une résolution surprenante.
Toute l’équipe du CLAP vous souhaite une très bonne année cinématographique !
De beaux films en ce début d’année, une fable écologique pleine d’humour, des histoires de famille et des personnages affrontant les tumultes de leur époque.
Pour la première fois en solo, sans Gustave Kervern, Benoît Delépine réalise un film, Animal Totem, au casting bien allumé, qui compte une ribambelle d’insectes et d’animaux. Beaucoup d’humour, de fantaisie et de goût de l’absurde dans cette fable tout au long de la route que suit son personnage, sans émission carbone, cela va sans dire.
L’Amour qu’il nous reste, quatrième long-métrage du réalisateur islandais Hlynur Palmason, est une œuvre, pleine de silence et d’attention, en empathie profonde avec la nature et le vivant. Tour à tour grave et enfantin, le film donne à voir les traces de ce qui lie et délie les relations, ce constant état de flottement dans lequel on traverse la vie.
Pour son premier film de fiction, L’Engloutie, Louise Hémon propose un voyage dans le temps. Les lumières, exclusivement naturelles, nous invitent à vivre au temps du récit (1900) au gré des aléas climatiques de la haute montagne et à suivre cette institutrice solitaire prise au piège de la montagne et du désir.
A partir des souvenirs de l’acteur et réalisateur Hark Bohm, le réalisateur Fatih Akin raconte dans Une enfance allemande. Ile d’Amrum, 1945, l’éveil d’un garçon de 12 ans à la fin du IIIᵉ Reich. Fatih Akin donne une résonance contemporaine à son message : attention, la haine de l’autre est là, tapie dans la banalité de chacune de nos familles, dans la quête d’une pureté illusoire au regard des mouvements de l’histoire.
Figure du cinéma indépendant américain, Jim Jarmusch pense, écrit et filme son œuvre autour de la musique. Dans Father Mother Sister Brother, son dernier film, Lion d’or à la dernière Mostra de Venise, le cinéaste de 72 ans compose lui-même la bande originale, aux côtés de la chanteuse germano-britannique Anika. Il faut souligner encore une fois à quel point Jarmusch maîtrise l’art de filmer le dialogue. Celui-ci n’est jamais décoratif ni démonstratif : il constitue la chair et l’os du film.
De beaux films qui parlent d’amour pour finir l’année en douceur et des films plus poignants et bouleversants pour démarrer l’année 2026.
Présenté à la Semaine de la Critique en mai dernier, le premier long métrage d’Alice Douard, Des preuves d’amour témoigne d’une étape majeure dans l’évolution des idées. Le film documente les réticences initiales du système à permettre aux conjointes de faire valoir leur droit, une lutte souterraine, intime, où la bureaucratie s’immisce dans la chair du quotidien et transforme le sentiment en dossier. Une œuvre lumineuse sur l’amour et la filiation.
Dites-lui que je l’aime, c’est le titre d’un beau film de Claude Miller, datant de 1977, dans lequel joue Dominique Laffin, Dites-lui que je l’aime, c’est aussi le titre d’un livre vibrant de sa fille, Clémentine Autain, c’est enfin et désormais un film réalisé par Romane Bohringer, pas qu’une simple adaptation, mais une mise en parallèle troublante avec sa propre histoire, dans sa relation trop courte avec sa mère.
Découvert au Festival d’Albi, le huitième long-métrage de Jérôme Bonnell porte avec une subtilité confondante le message universel de la libération du joug du patriarcat. La très grande qualité de La Condition est de contourner le fatalisme manichéen, habituellement de mise pour évoquer ce genre de sort au féminin empêché, afin de sonder simultanément le mal-être des hommes et des femmes qui peinent à tirer leur épingle de ce jeu archaïque.
Avec La Voix de Hind Rajab, Prix du jury à La Mostra de Venise, Kaouther Ben Hania cherche à renouveler le langage du cinéma et à exorciser les traumas en faisant s’entrechoquer l’émotion et la froideur de l’actualité. La cinéaste voit dans ses films « une manière peut-être de venger l’injustice du monde ».
Documentariste chevronné de l’Union Soviétique, Sergeï Loznitsa n’avait plus opté pour la fiction depuis 2017. Avec Deux Procureurs, récit qui s’inspire d’une nouvelle de Georgy Demidov, un physicien ayant subi l’emprisonnement politique au Goulag, Sergeï Loznitsa livre une sorte de fable universelle, un cauchemar totalitaire qui, dans l’héritage de Kafka ou Gogol, explore les mécanismes aliénants du pouvoir et de la bureaucratie.