Toute l’équipe du CLAP vous souhaite une très bonne année cinématographique !
De beaux films en ce début d’année, une fable écologique pleine d’humour, des histoires de famille et des personnages affrontant les tumultes de leur époque.
Pour la première fois en solo, sans Gustave Kervern, Benoît Delépine réalise un film, Animal Totem, au casting bien allumé, qui compte une ribambelle d’insectes et d’animaux. Beaucoup d’humour, de fantaisie et de goût de l’absurde dans cette fable tout au long de la route que suit son personnage, sans émission carbone, cela va sans dire.
L’Amour qu’il nous reste, quatrième long-métrage du réalisateur islandais Hlynur Palmason, est une œuvre, pleine de silence et d’attention, en empathie profonde avec la nature et le vivant. Tour à tour grave et enfantin, le film donne à voir les traces de ce qui lie et délie les relations, ce constant état de flottement dans lequel on traverse la vie.
Pour son premier film de fiction, L’Engloutie, Louise Hémon propose un voyage dans le temps. Les lumières, exclusivement naturelles, nous invitent à vivre au temps du récit (1900) au gré des aléas climatiques de la haute montagne et à suivre cette institutrice solitaire prise au piège de la montagne et du désir.
A partir des souvenirs de l’acteur et réalisateur Hark Bohm, le réalisateur Fatih Akin raconte dans Une enfance allemande. Ile d’Amrum, 1945, l’éveil d’un garçon de 12 ans à la fin du IIIᵉ Reich. Fatih Akin donne une résonance contemporaine à son message : attention, la haine de l’autre est là, tapie dans la banalité de chacune de nos familles, dans la quête d’une pureté illusoire au regard des mouvements de l’histoire.
Figure du cinéma indépendant américain, Jim Jarmusch pense, écrit et filme son œuvre autour de la musique. Dans Father Mother Sister Brother, son dernier film, Lion d’or à la dernière Mostra de Venise, le cinéaste de 72 ans compose lui-même la bande originale, aux côtés de la chanteuse germano-britannique Anika. Il faut souligner encore une fois à quel point Jarmusch maîtrise l’art de filmer le dialogue. Celui-ci n’est jamais décoratif ni démonstratif : il constitue la chair et l’os du film.
De beaux films qui parlent d’amour pour finir l’année en douceur et des films plus poignants et bouleversants pour démarrer l’année 2026.
Présenté à la Semaine de la Critique en mai dernier, le premier long métrage d’Alice Douard, Des preuves d’amour témoigne d’une étape majeure dans l’évolution des idées. Le film documente les réticences initiales du système à permettre aux conjointes de faire valoir leur droit, une lutte souterraine, intime, où la bureaucratie s’immisce dans la chair du quotidien et transforme le sentiment en dossier. Une œuvre lumineuse sur l’amour et la filiation.
Dites-lui que je l’aime, c’est le titre d’un beau film de Claude Miller, datant de 1977, dans lequel joue Dominique Laffin, Dites-lui que je l’aime, c’est aussi le titre d’un livre vibrant de sa fille, Clémentine Autain, c’est enfin et désormais un film réalisé par Romane Bohringer, pas qu’une simple adaptation, mais une mise en parallèle troublante avec sa propre histoire, dans sa relation trop courte avec sa mère.
Découvert au Festival d’Albi, le huitième long-métrage de Jérôme Bonnell porte avec une subtilité confondante le message universel de la libération du joug du patriarcat. La très grande qualité de La Condition est de contourner le fatalisme manichéen, habituellement de mise pour évoquer ce genre de sort au féminin empêché, afin de sonder simultanément le mal-être des hommes et des femmes qui peinent à tirer leur épingle de ce jeu archaïque.
Avec La Voix de Hind Rajab, Prix du jury à La Mostra de Venise, Kaouther Ben Hania cherche à renouveler le langage du cinéma et à exorciser les traumas en faisant s’entrechoquer l’émotion et la froideur de l’actualité. La cinéaste voit dans ses films « une manière peut-être de venger l’injustice du monde ».
Documentariste chevronné de l’Union Soviétique, Sergeï Loznitsa n’avait plus opté pour la fiction depuis 2017. Avec Deux Procureurs, récit qui s’inspire d’une nouvelle de Georgy Demidov, un physicien ayant subi l’emprisonnement politique au Goulag, Sergeï Loznitsa livre une sorte de fable universelle, un cauchemar totalitaire qui, dans l’héritage de Kafka ou Gogol, explore les mécanismes aliénants du pouvoir et de la bureaucratie.